On m’a dit que l’histoire du compagnon de Cheikh Tidjani recevant de l’argent sous son tapis, ce ne peut être qu’en utilisant des formules magiques illicites pour avoir l’aide de djinn voleur. Pouvez-vous m’éclaircir ?

REPONSE

En ce qui concerne votre question malheureusement beaucoup de personnes veulent camoufler leurs déficiences vis-à-vis de leur certitude en la Toute-Puissance Divine au travers de tels propos qui n’ont aucun fondement. Les Gens de l’Ouverture, qui seuls savent œuvrer pour Allah, ont accès à certaines connaissances qui leur permettent, par la permission d’Allah, d’opérer des situations analogues. Or, cela n’est réservé qu’à ceux pour qui le voile a été déchiré parmi les Aouliya et non aux communs. En effet, pour eux un tas d’or et une motte de terre ont la même valeur contrairement aux communs qui se verraient vite assaillir par la convoitise et la recherche passionnée de biens, s’éloignant par là même d’Allah et de Son Agrément.

Ce genre de phénomène entre dans la catégorie des prodiges (Karamat) qu’Allah accorde aux Saints. Or les prodiges (Karamat) accordés aux Saints en Islam sont une réalité et un point faisant parti du Credo en lequel doit croire tout musulman et il est établi par les gens de la Sunna que tout miracle (Mou’jizat) survenu à un prophète (sur eux la paix) cela peut aussi survenir en tant que prodige (Karamat) pour les saints de la communauté musulmane. Le savant Cheikh Youssuf Dijwi, membre du haut conseil des savants d’Al Azhar, a écrit dans ses avis juridiques nommé « Mafahim el Islamiya » : « Quant aux prodiges (karamat) ils sont possibles sans aucun doute à ce sujet, ces faits sont rapportés de manière successives et ininterrompues depuis les Compagnons (qu’Allah les agrée) jusqu’aux Suivants (Tabi’ine) et aux Saints qui les ont succédé. Cela est fermement établi par le noble Livre (le Qoran) la Sunna authentique et ce ne peut être démenti que par les innovateurs.»

Ces prodiges sont des dons qui proviennent d’Allah afin d’honorer ceux qu’Il a choisis parmi ses pieux serviteurs et cet honneur de la part d’Allah peut leur provenir aussi bien de leurs vivants que durant leurs morts, car c’est Allah le créateur et l’auteur du prodige, et certes Allah est capable de tout. Souvent nous entendons d’autres personnes affirmer que tout ce qui survient comme phénomène extraordinaire auprès des tombes des Saints ne sont que des manifestations Sataniques. Or même Cheikh Ibn Taymiya, dans sa réplique contre le fait de prendre les tombes comme lieu d’adoration, a dit : « N’est pas concerné par notre sujet ce qui a été rapporté sur le fait que certains ont entendu la salutation provenir de la tombe du Prophète(que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et autre tombe que la sienne parmi les Saints et encore par le fait que Sa’id ibn Moussayeb (qu’Allah l’agrée) a entendu l’appel à la prière provenir de la tombe du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) lors de l’évènement de Hirat et autres choses similaires. » (Iqtida Sirat El Moustaqim)

Il a dit aussi dans un autre passage : « […] et de même concernant ce qui est évoqué au sujet des prodiges et choses surnaturelles qui se déroulent auprès des tombes des prophètes (sur eux la paix) et des Saints tels que la descente des lumières et des Anges, la sauvegarde conte les démons et bêtes sauvages, l’éruption de feu à partir d’elles contre ceux qui commettent des injustices, ainsi que l’intercession en faveur des morts qui les voisinent, et ce qui survient comme intimité paisible et sérénité auprès d’elles ainsi que ce qui survient comme châtiment envers ceux qui les souillent. Tout cela est vrai et n’entre pas dans le sujet qui nous concerne, car le cas des prodiges d’Allah et de Sa miséricorde survenant auprès des tombes des prophètes et des Saints ainsi que l’honneur et la sacralité qu’ils ont auprès d’Allah, tout cela dépasse ce que peuvent s’imaginer la plupart des créatures, mais ce n’est pas le moment de le détailler. » (Cheikh Ibn Taymiya « Iqtida Sirat El Moustaqim »)

Ainsi, accuser de pieux musulmans, qui ont reçu la cause de l’aide Divine par le biais d’une adoration, de voler de l’argent par la complicité de Djinn et de réciter des litanies magiques est pure ignorance et n’a aucun fondement. Le simple fait de recevoir un don Divin de manière extraordinaire ne sous-entend en rien qu’il s’agisse d’argent volé par un Djinn, ni que le croyant sincère se serait fourvoyé en utilisant des formules magiques illicites ; lorsque l’on prend la responsabilité de porter de telles accusations, il faut en fournir les preuves faute de quoi la personne accusatrice se voit propulser dans le grand péché de la calomnie et les versets suivants le concernent personnellement :

Allah (Qu’Il soit Glorifié et Exalté) dit : « Ceux qui font du tort aux croyants et aux croyantes (en évoquant) ce qu’ils n’ont pas commis, se rendent coupables de calomnie et se sont chargés d’un péché flagrant » (Sourate 33 Les Coalisés, verset 58)

Allah (Qu’Il soit Glorifié et Exalté) dit : « Malheur à tout calomniateur acerbe ! » (Sourate 104 Les calomniateurs, verset 1)

Ce genre de prodiges est certes survenu aux nobles Compagnons du Prophète (que la prière et paix d’Allah soient sur lui), que ce soit le fait de recevoir de l’argent ou autre de manière extraordinaire, d’être secouru par les Djinn ou les Anges…etc. et en voici quelques exemples :

- Un groupe de musulmans est sauvé grâce à un Djinn :

« Abou Nou’aïm rapporte dans « Dala-il » selon Oubey ibn Ka’b (qu’Allah l’agrée) qui a dit : « Des gens partirent pour aller à la Mecque et se perdirent en route. Quand ils virent la mort de leurs yeux et faillirent mourir. Ils portèrent leurs linceuls et se couchèrent pour mourir. Un djinn vint les voir en passant entre les arbres. Il dit : « Je suis le dernier de ceux qui ont écouté le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). J’ai entendu le Messager d’Allah dire : « Le croyant est le frère du croyant, il est son œil (son éclaireur) son indicateur et ne l’abandonne pas. » Voici l’eau et voici la route » et il leur indiqua l’eau et leur expliqua la route. »

- Un ange secourt Zayd ibn Haritha (qu’Allah l’agrée) :

Il est rapporté par Ibn Abdelbarr dans « El Isti’ab » selon Layth ibn Sa’d qui raconte : « J’ai appris que Zayd ibn Haritha (qu’Allah l’agrée) loua une mule d’un homme de Taïf. Le propriétaire (qui était aussi le conducteur) lui posa comme condition de bivouaquer où il voulait. Il le conduisit à une maison en ruines et lui dit : « Descends ! » Il descendit et vit dans la maison beaucoup de morts. Quand le propriétaire voulut le tuer, il dit : « Laisse-moi prier deux rak’at » Il répondit : « Prie, ceux-là ont prié avant toi et leur prière ne leur a rien servi. »

Zayd (qu’Allah l’agrée) raconte : « Quand j’ai prié, il vint pour me tuer et j’ai dit : « Ô le plus Miséricordieux des miséricordieux ! » Il entendit une voix dire : « Ne le tue pas ! » Il en eut peur et sortit chercher la personne, mais ne trouva rien. Il retourna vers moi et j’ai appelé : « Ô le plus Miséricordieux des miséricordieux ! » et la même scène se répéta trois fois. Puis je vis un cavalier sur son cheval blanc tenant une lance en fer dont la pointe était en feu. Il la lui planta et la ressortit par son dos et il tomba mort. Puis il me dit : « Quand tu as prié la première fois : « Ô le plus Miséricordieux des miséricordieux ! » j’étais au septième ciel. Quand tu as prié la deuxième fois : « Ô le plus Miséricordieux des miséricordieux ! » j’étais au ciel le plus bas. Quand tu as supplié la troisième fois : « Ô le plus Miséricordieux des miséricordieux ! » je suis venu vers toi. » »

- Al Miqded ibn Al Aswad qu’Allah l’agrée) reçoit de l’argent de façon inattendue :

Il est rapporté par Abou Nou’aïm dans « Dala-il » selon Dhouba’at bint Zoubeïr (qu’Allah l’agrée) l’épouse de Miqded (qu’Allah l’agrée), qui raconte : « Les musulmans partaient faire leurs besoins tous les deux ou trois jours et leurs excréments étaient comme les bouses de chameau (en raison du manque de nourriture). Un jour Miqded sortit pour ses besoins et partit à Habja au terrain des ronces. Il entra dans une maison en ruines pour faire ses besoins et, tandis qu’il était assis, un rat sortit un dinar de son trou. Puis il ne cessa de sortir des dinars, un par un, jusqu’à ce qu’il sortit dix-sept dinars. Il les emmena au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et lui raconta leur histoire. Il dit : « As-tu rentré ta main dans le trou ? » Il répondit : « Non ! Par celui qui t’a envoyé avec la vérité. » Il lui dit : « Alors tu n’as pas à en donner une partie en aumône. Qu’Allah te les bénisse. » Avant que ces sacs ne soient finis, j’ai vu des grands sacs d’argent dans la maison de Miqded. » » Faut-il alors conclure que ce rat a été dressé pour voler !!!

Abou Nou’aïm rapporte aussi dans son «Hilyat » selon Abdrahman ibn Yazid ibn Jabir qui a dit : « La servante d’Abou Oumama (qu’Allah l’agrée) a dit : « Abou Oumama aimait donner l’aumône et ramassait l’argent pour en donner. Il ne rendait jamais un mendiant bredouille, ne serait-ce qu’avec un oignon, une datte ou une chose qui se mangeât. Un mendiant vint le voir un jour alors qu’il n’avait rien de mangeable et il n’avait que trois dinars. Il lui demanda et il lui donna un dinar. Puis un autre mendiant vint et il lui donna un dinar. Un troisième arriva et il lui donna un dinar. Je me suis fâchée et j’ai dit : « Tu ne nous as rien laissé ! » Il posa sa tête et fit la sieste. L’appel du dhohr fut lancé et je l’ai réveillé. Il fit ses ablutions et partit à la mosquée. J’ai eu pitié pour lui, car il jeûnait et j’ai emprunté pour lui faire un dîner. J’ai allumé la lampe et je suis allée lui préparer son lit et j’y ai trouvé de l’or ! Je l’ai compté et il y avait trois cents dinars. Je me suis dit : « C’est pour ça qu’il a fait l’aumône ! Parce qu’il savait qu’il avait de l’argent » Il vint après le ‘Icha, et, en voyant la table servie et la lampe allumée, il sourit et dit : « C’est un bien de sa part. » Je me suis levée à côté de lui jusqu’à ce qu’il dîne, puis j’ai dit : « Qu’Allah te fasse miséricorde ! Tu as laissé cet argent et il aurait pu se perdre. Tu ne m’as pas dit pour que je le range. » Il dit : « Mais quel argent ? Je n’ai rien laissé ». J’ai levé la couchette, il le vit, il se réjouit et s’étonna fortement. Je me suis levée, j’ai déchiré ma ceinture (propre aux chrétiens) et j’ai embrassé l’Islam. » Ibn Jabir dit : « Je l’ai trouvée à la mosquée de Homs (Emèse - Syrie), elle enseignait aux femmes le Qoran, les Sunna et les obligations et elle les instruisait dans la religion. »

Ibn Ishaq rapporte : « Méwiya (qu’Allah l’agrée) la servante de Houjeyr ibn Abou Iheb qui a plus tard embrassé l’Islam, a dit : « Khoubeyb (qu’Allah l’agrée) a été emprisonné dans ma maison. Je l’ai regardé par l’ouverture de la porte, il tenait dans sa main une grappe de raisin aussi grande que la tête d’un homme et il en mangeait, alors que je ne connaissais aucun endroit sur terre où il y avait des raisins mangeables. » Il est rapporté le récit de la grappe de raisin par Boukhari mais selon une autre version.

Par conséquent, en quoi ce genre de prodige est-il si exceptionnel pour Allah jusqu’à conclure que cela ne peut provenir que par un Djinn voleur suite à la récitation de litanie magique ? Quelle est donc la déficience dans la croyance et la raison qui peut pousser à de tels propos au point de concevoir que des litanies magiques illicites peuvent être la cause de faits extraordinaires, mais pas les formules d’évocations pour Allah ? Non, Allah fait certainement ce qu’Il veut avec qui Il veut comme le fait que des Compagnons du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) ont secoué la ville de Homs en prononçant simplement le « Takbir » alors qu’avec la même formule nous ne pouvons même pas ébranler une feuille de papier.

En effet, Ibn Jarir rapporte dans son « Tarikh » selon des Chouyoukh de Rassen et Balqayn qui ont raconté : « Allah a récompensé les musulmans pour leur patience les jours de Homs en ébranlant les habitants de Homs. Les musulmans les attaquèrent et clamèrent ensemble : « Allah est grand ! » et les byzantins en furent ébranlés dans la ville et les murs se fendirent. Ils se précipitèrent alors vers leurs chefs et leurs sages qui les appelaient à conclure la paix. Mais ils refusèrent à nouveau leurs conseils de faire la paix et leur firent des reproches. Les musulmans clamèrent une deuxième fois : « Allah est grand ! » et beaucoup de maisons et de murs s’effondrèrent. Ils se précipitèrent encore vers leurs chefs et leurs sages qui leur dirent : « Ne voyez-vous pas le châtiment de Dieu ? » et ils acceptèrent enfin leurs propositions. »

Ce léger aperçu est suffisant, qu’Allah nous permette d’avoir la bonne opinion sur nos maîtres Aouliya (qu’Allah les agrée) et qu’Il nous préserve de toute forme d’hostilité à leur égard.

Zaouiya Tidjaniya El Koubra d’Europe