Demande d’éclaircissement d’un forum musulman sur certains propos mystérieux dans Djawahirou-l-Ma’ani tendant à affirmer le caractère infaillible des douze Imams reconnus par les Chiites duodécimains.

REPONSE

Chers frères et sœurs,

Nous avons lu avec un très grand intérêt vos remarques et, conformément à votre désir en tant que disciple de la Tariqa Tidjaniya, nous tenons à apporter quelques éclaircissements sur tout ce qui a été dit et surtout à repositionner cet échange d’avis dans le cadre des propos de Seïdina Ahmed Tijani (qu’Allah sanctifie son précieux secret) en essayant d’être le plus concis possible. Le point de départ de cette discussion est une prière du célèbre Cheikh el Islam Sidi Ibrahim Riyahi (qu’Allah l’agrée) dans laquelle il utilise, en plus de la médiation par les compagnons (qu’Allah les agrée), la médiation des 12 Imams reconnus par les Chiites Duodécimains. Il est très important de préciser :

- D’une part que cette prière célèbre fut composée avant son entrée dans la Tariqa Tidjaniya comme l’a mentionné Cheikh Mohamed el Hafidh (éminent maître en hadith d’Egypte et savant éminent de la Tariqa Tidjaniya) dans son commentaire du « Ahzab wa Aourad ».

- D’autre part, même si Cheikh Riyahi (qu’Allah l’agrée) n’est pas à l’abri de l’erreur, ce qu’il faut retenir de cela c’est sa bonne opinion et son respect vis-à-vis de la descendance du Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) et rien d’autre.

Cela étant dit, revenons aux paroles attribuées à Seïdina Ahmed Tijani (qu’Allah sanctifie son précieux secret) et vous avez tout à fait raison de dire qu’il faut se méfier des interprétations qui peuvent être imputés aux propos des Aouliya, car ce fut souvent des causes d’erreurs et les arguments préférés des détracteurs qui sont plus empressés de condamner que de comprendre. De ce fait, c’est pour ces raisons que Seïdina Ahmed Tijani (qu’Allah sanctifie son précieux secret) a dit : « Si vous entendez des propos qui me sont attribués alors pesez-les à la balance de la Chari’a, s’ils sont conformes appliquez-les, et s’ils sont divergents abandonnez-les. » (cf. Ifada el Ahmediya). Ceci constitue une règle fondamentale qui permet de choisir authentiquement le sens voulu de ses propos lorsque plusieurs sens s’en dégagent.

Dans tout ce qui a été mentionné, il faut distinguer deux choses :

La première est le sujet concernant « l’infaillibilité » (el ‘Isma). En effet, Seïdina Ahmed Tijani (qu’Allah sanctifie son précieux secret) a bien expliqué qu’il y a bien trois stations où est impossible la désobéissance à Allah, la station des messagers (sur eux la paix), celle des prophètes (sur eux la paix) et enfin celle des Pôles (qu’Allah les agrée).

Il a dit (qu’Allah sanctifie son précieux secret) : « La perfection ne peut apparaître dans son aspect sensible libéré du Nafs, dans tous ses aspects et toutes ses situations, que dans trois degrés seulement et ce sont : L’étape du message Divin pour les messagers (sur eux la paix), pour celui qui a pénétré sa Présence ; L’étape de la Prophétie pour celui qui a pénétré Sa Présence ; L’étape de la station du Pôle (El Qotbaniya) pour celui qui a pénétré Sa Présence. En ceux-là, il n’y a aucun aspect d’imperfection, et quant au reste des degrés il se manifeste fréquemment un aspect d’imperfection et il se peut aussi que cela ne se manifeste pas. » Cette immunité dont parle Seïdina Ahmed Tijani (qu’Allah sanctifie son précieux secret) est proportionnelle au degré de chacun, ainsi l’immunité des messagers et prophètes (sur eux la paix) appelé « ‘Isma » n’est pas similaire à l’immunité réservée à la Qotbaniya appelée alors « Hifdh » et c’est ce qui ressort clairement des propos mêmes de Seïdina Ahmed Tijani (qu’Allah sanctifie son précieux secret), car jamais il ne « mélange » les degrés des prophètes et messagers (sur eux la paix) avec ceux des Aouliya.

En effet, comment le ferait-il envers eux (sur eux la paix) alors qu’il met la distinction entre le degré des compagnons du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) vis-à-vis de l’ensemble des Aouliya lorsqu’on lui a demandé son avis « sur la supériorité du compagnon qui n’a pas eu l’Ouverture Spirituelle (Fath) par rapport au Pôle qui n’est pas un compagnon » en disant : «[…] le mérite du compagnon surpasse celui du Pôle par le témoignage de la parole du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) :« Allah a choisi mes compagnons parmi les gens des mondes hormis les prophètes et les messagers. » […] » Tout en précisant : « cela est dû à l’intense sollicitude d’Allah vis-à-vis de son Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et une prérogative à son égard. » (Djawahirou-l-Ma’ani page 188, édition Dar el Fikr 1995).

C’est aussi le commentaire qui en est fait dans « Ifada el Ahmediya » par Cheikh Mohamed el Hafidh qui stipule bien qu’il s’agit de préservation « Hifdh » tel que cela fut expliqué par Cheikh Ibn ‘Arabi el Hatimi (qu’Allah l’agrée). On pourrait se demander : « Mais pourquoi cette distinction n’a pas été précisée dans les propos de Seïdina Ahmed Tijani? » C’est par le fait qu’il s’agit là d’une règle fondamentale qui n’a point à être précisée et qu’il l’a déjà fait à maintes occasions. On ne peut mélanger les degrés des prophètes et messagers (sur eux la paix) avec ceux des Aouliya, quels qu’ils soient, et encore moins leurs considérer une supériorité de leur station en rapport à eux (sur eux la paix). Et même s’il leur est accordé une spécificité particulière, cela reste une particularité qui n’implique en rien la supériorité de la station.

Nous allons, s’il plaît à Allah, revenir sur ce point dans l’explication du reste des propos qui ont été évoqués, mais pour justifier ce qui vient d’être dit voici un autre extrait où Seïdina Ahmed Tijani (qu’Allah sanctifie son précieux secret) fut interrogé sur la compréhension contenue dans certains propos extatiques attribués aux grands Saints tels que : « Nous avons atteint un océan dont les prophètes n’ont atteint que le rivage » Il dit (qu’Allah sanctifie son précieux secret) : « Il faut savoir que le fondement indispensable dont on ne peut dévier et en lequel se doit de croire chaque croyant, car celui qui en sortirait, il sortirait alors du fondement de la foi, c’est qu’Allah se manifeste par la Noblesse de Sa Grandeur, de Sa Gloire, de Sa Majesté, par l’étendue de Ses Attributs élevés, de Ses Noms et leurs particularités. Or cette manifestation n’est pas chez l’un comme elle est chez un autre, ni selon une seule méthode ou selon un procédé uniforme, mais ce qui en est discerné diffère. Ainsi, les secrets des créatures à ce sujet varient clairement du beaucoup au peu, car Il se manifeste à chaque personne selon sa capacité et selon son aptitude à contenir les manifestations des Grâces Sacrées qui ne connaissent ni terme, ni ne sont subordonnés à une limite ou à une fin.

Donc, si tu sais cela sache alors que ce que contient son degré (au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)) en tant que manifestation d’Attributs, de Noms et de Réalités, aucun d’entre les plus grands Gens de la Détermination parmi les messagers (sur eux la paix) ne peut espérer l’atteindre, sans parler des prophètes et messagers (sur eux la paix) en dessous d’eux. De même, tout ce que contient le degré des Gens de la Détermination parmi les messagers (sur eux la paix) aucun d’entre l’ensemble des messagers (sur eux la paix) ne peut espérer l’atteindre, et quant à ce que contient le degré des messagers (sur eux la paix) aucun d’entre l’ensemble des prophètes (sur eux la paix) ne peut espérer l’atteindre. Quant à ce que contient le degré des prophètes (sur eux la paix) aucun d’entre l’ensemble des Pôles (qu’Allah les agrée) ne peut espérer l’atteindre, et également ce que contient le degré des Pôles (qu’Allah les agrée) aucun d’entre l’ensemble des Véridiques (qu’Allah les agrée) ne peut espérer l’atteindre. Aussi puisque les choses sont ainsi et que tu connais cela en détail sache alors que les propos extatiques provenant des grands Connaissants ne renferment, ni n’impliquent qu’ils ont une similitude ou une supériorité face aux stations des prophètes et messagers (sur eux la paix) […] » (cf. Djawahirou-l-Ma’ani page 151). Nous pensons que ce passage est assez explicite en soi et dénoue le nœud du problème quant au sens de ses propos.

Cependant, nous tenons à reprendre les extraits rassemblés des mérites mentionnés sur notre noble Dame Fatima (qu’Allah l’agrée), ceux de son merveilleux époux notre maître ‘Ali (qu’Allah l’agrée) ainsi que ceux de leurs deux vénérables enfants, Hasan et Houseïn (qu’Allah les agrée). Il s’agit de la seconde distinction à apporter, en essayant de faire le plus court possible, car ces citations s’inscrivent dans le domaine du mérite particulier accordé à chacun d’entre eux. On ne peut, à partir de ce qu’il en est dit, conclure que leur degré est supérieur à ceux des prophètes et messagers (sur eux la paix) comme nous l’avons expliqué plus haut. En effet, la spécificité n’en fait point la supériorité et sans vouloir critiquer ni polémiquer, il semble que c’est par une mauvaise interprétation des propos rapportés (pour ceux qui sont authentiques bien sûr), cela amplifié par un amalgame de revendications, que certains de nos frères Chiites ont conclut à la supériorité des Imams de la descendance du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) sur les prophètes et messagers (sur eux la paix).Il est courant de retrouver dans le noble Qoran, dans les hadiths ainsi que dans les dires des compagnons ce genre d’expression qui, sous leur sens apparent, renferme en fait une spécificité qui n’inclut point à la supériorité générale.

A titre d’exemple il y a la parole du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) qui dit : « La voûte n’a pas abrité ni la poussière recouverte un ton plus véridique que celui d’Abou Dhar. » (Rapporté par Ibn Abi Chaïba selon Abou Houreyra et Abou Darda (qu’Allah les agrée)). On ne peut en conclure pourtant qu’Abou Dhar (qu’Allah l’agrée) fut plus véridique que le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et l’ensemble des autres prophètes (sur eux la paix).

Il y a également ce qu’a rapporté Tirmidhi dans ses Sunan selon Mou’adh ibn Jabal (qu’Allah l’agrée) qui a dit : « J’ai entendu le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dire : « Allah – qu’Il soit Glorifié et Exalté – a dit : « Ceux qui s’aiment en Ma Majesté auront des chaires de lumière que leurs envieront les prophètes et les martyrs. » » Tirmidhi a dit : « C’est un hadith bon (Hasan)- authentique (Sahih) » Tous les rapporteurs sont des gens sûrs.

Il est rapporté aussi : « Il y a parmi les serviteurs d’Allah des gens qui ne sont pas des prophètes mais qui seront enviés par les prophètes et les martyrs. » Ils demandèrent : « Qui sont-ils ? Peut-être les aimerons-nous ? » Il dit : « Ce sont des gens qui s’aiment par la lumière d’Allah sans aucun lien de parenté ou tribales, leurs visages sont de lumières, assis sur des chaires de lumières, ils n’auront point peur lorsque les autres auront peur et ne seront point attristés lorsque les autres s’attristeront. » Puis il récita : « N’est-ce pas que les alliés d’Allah n’auront ni crainte, ni tristesse, ceux qui ont cru et eut la certitude. » (Hadith authentique dont tous les transmetteurs sont sûrs.) Malgré cette particularité ceux qui prétendent que ce surplus qu’Allah accorde à Ses alliés qui s’aiment en Sa Majesté et qui sont enviés par les prophètes (sur eux la paix), implique qu’ils sont meilleurs que les prophètes (sur eux la paix) eux-mêmes, ceux-là ont une croyance corrompue.

De même, il y a encore le hadith de Boukhari selon Ibn ‘Abbas (qu’Allah l’agrée) qui est élevé (Marfou’) jusqu’au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) : « Le premier qui sera vêtu le Jour Dernier se sera Ibrahim. » Ibn Hajr dit dans Fath el Bari : « Cette particularité qui lui est désignée n’implique point qu’il soit supérieur à notre Prophète Mohammed (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), car Le Bienfaiteur a voulu le particulariser par quelque chose pour lui, mais n’impliquant point sa supériorité absolue. »

Donc, concernant tout d’abord le passage au sujet de Fatima (qu’Allah l’agrée), le sujet étant : Qui d’entre les femmes Myriam, Assia, Khadidja, Aïcha ou Fatima (qu’Allah les agrée toutes) était supérieure en mérite, avec en outre l’option de savoir si l’inspiration de Myriam et de la mère de Moussa faisaient d’elles des prophétesses. C’est suite à la démonstration de la supériorité de Fatima (qu’Allah l’agrée) sur elles (qu’Allah les agrée) que Seïdina Ahmed Tijani (qu’Allah sanctifie son précieux secret) expliqua entre autres que Fatima (qu’Allah l’agrée) fut la seule femme à atteindre la Qotbaniyya el ‘Oudhma. Quant à Assia et Myriam elles ont atteint le degré des Véridiques, seul degré, mais immense, pouvant être atteint par les femmes. Au-dessus de ce degré, dans la Connaissance d’Allah, se situe le degré des Pôles Suprêmes puis ceux des prophètes (sur eux la paix), degrés hors d’atteinte par les femmes hormis par Fatima (qu’Allah l’agrée) de par sa particularité justement qu’elle n’avait ni menstrues ni lochies et qu’elle était constamment en état de pureté, ce qui est inaccessible à toutes les autres femmes. Elle pouvait ainsi recevoir les Théophanies Divines sans interruption comme cela est connu pour le Pôle. (cf. Djawahirou-l-Ma’ani page 120).

Ensuite, concernant le hadith mentionnant : « Nous étions, moi et 'Alî, deux lumières […] » Il a été cité pour mentionner le mérite particulier de ‘Ali (qu’Allah l’agrée) qui est dans le domaine de la science complète et c’est seulement dans ce contexte qu’il faut comprendre ce hadith, comme il le mentionne (qu’Allah sanctifie son précieux secret) : « Rien ne parvient à l’existence comme science complète sans qu’elle ne soit contenue dans le récipient de l’imam ‘Ali (qu’Allah l’agrée), car il est la porte de la cité de sa science (c'est-à-dire au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)) » Ainsi, dans ce passage il a mentionné que la particularité de l’imam ‘Ali (qu’Allah l’agrée) est la station de la science cachée véritable puis que la particularité d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) est la station de la foi et du secret et il mentionna ensuite celui de ‘Omar (qu’Allah l’agrée). Seïdina a bien précisé aussi que l’attribution d’une supériorité dans un mérite sur une personne ne concerne pas tous les aspects de cette personne, car la supériorité et la préséance ne sont possibles dans tous les domaines et tous les aspects que pour le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). (cf. Djawahirou-l-Ma’ani, page 84)

Enfin, la dernière citation provient du commentaire d’une prière que reçut Seïdina Ahmed Tijani (qu’Allah sanctifie son précieux secret) nommé « Yaqoutati-l-Haqa-iq fi ta’rif fi Haqiqat Saîdi-l-khala-iq » au passage évoquant les Gens de sa demeure. Il a mentionné la particularité attribuée au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) au travers de la particularité octroyée pour lui « à ceux qui furent vêtus » (Fatima, ‘Ali, Hasan et Houseïn), car cette particularité leur permis d’être inclus dans le verset de la « sanctification » (sourate 33 Les coalisés, versets 32 et 33) avec ses épouses et tous sont concernés par cette sanctification (Tat-hir) et c’est cette particularité octroyée à eux pour le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) qui n’a point été accordée à autre parmi les prophètes et messagers (sur eux la paix). (cf. Djawahirou-l-Ma’ani, Page 232).

Par conséquent, ces passages ne contiennent rien de mystérieux qui pencheraient un tant soit peu vers une reconnaissance implicite de l’impeccabilité des Imams tels que cela est conçu par certains Chiites. Ce qu’il y a de plus en commun entre nous, c’est ce respect, cette vénération et cet amour envers les membres de la descendance prophétique, mais pas au point de les croire infaillibles. Cela dit, ce manque d’infaillibilité ne diminue en rien l’amour et le respect qu’on leur porte, comme la plupart des musulmans pensons-nous. Nous considérons leur cas comme identique aux gens de Badr, quoi qu’ils fassent ou ont pu faire Allah leur accordera de se repentir et de reconnaître, s’il y en a eu, leurs erreurs et péchés avant de mourir. C’est pour ces raisons que jamais nous nous engageons à les critiquer sans ménagement ou encore pire, à jeter l’anathème sur eux, qu’Allah nous en préserve, car il se peut que même pour les désobéissants parmi eux, que le Livre les devance, ils font alors une œuvre des gens du Paradis et ils seront alors les gens du Paradis et il se peut que le Livre nous devance et nous accomplissons avant de mourir une œuvre des gens du Feu, nous serons alors parmi les gens du Feu, Allah sait et nous nous ne savons point.

Voilà chers frères et sœurs, recevez toutes nos salutations, qu’Allah nous pourvoie de Son Amour et de l’amour de ceux qu’Il aime.

Zaouiya Tidjaniya El Koubra d’Europe