Pour quelle raison Ahmed tidjani ne suivait pas le rite malikite pour la basmala ? Et un tijani peut-il prier derrière un imam qui ne la récite pas dans la fatiha ? Et un disciple qui ne la récite pas sort-il de la tariqa à cause de cela ?

REPONSE

Il faut savoir qu’en général Seïdina Ahmed Tidjani (qu'Allah sanctifie son précieux secret) suivait ce qui était le plus connu du rite malikite, cela par humilité, car dans la science (sans prendre en compte la station spirituelle) il avait atteint le degré rare de "Moujtahid" et, de ce fait, il était en droit d'effectuer son propre effort d'interprétation sans avoir besoin de suivre une école particulière d'entre les écoles juridiques de l'islam sunnite.

Certains détracteurs, de son époque et des suivantes, avaient critiqué avec virulence Seïdina Ahmed Tidjani (qu'Allah sanctifie son précieux secret) en raison de sa position concernant la Basmala. Cela est l'œuvre d'ignorants, car n’est blâmable que ce qui est clairement et unanimement réprouvé par la Loi, ce qui n'est point le cas de la Basmala et donc, ces critiques n’ont pas lieu d’être. Mais à cette époque les différents rites étaient marqués d’intolérance et de sectarisme, les prétendants à la science croyaient que seul l’avis de leur rite prédominait dans la vérité. Pourtant ils ignoraient que souvent, au sein de leur propre rite, les avis n’étaient pas convergents ou unanimes et c’est le cas de la Basmala.

Il a été rapporté par Cheikh Soukeïrij (qu’Allah l’agrée) dans son Kachf el Hijab qu’une personne prit connaissance que Seïdina Ahmed Tidjani (qu’Allah sanctifie son précieux secret) utilisait la récitation de la Basmala au début de la Fatiha, lors des prières obligatoires entre autres, et qu’il avait conseillé à ses compagnons de faire de même, il partit donc le voir. Il consulta auparavant tous les ouvrages Malékites à ce sujet puis se rendit auprès de lui avec le commentaire du Moukhtassar et d’autres livres qui traitent de la Basmala dans les prières obligatoires.

Il s’assit aux côtés de Seïdina (qu’Allah sanctifie son précieux secret) avec ses ouvrages, l’interrogea à ce propos et lui demanda : « Ô Sidi, ce qui est le plus répandu dans l’école c’est que cela est réprouvé (Makrouh), qu’en dis-tu ? ». Seïdina (qu’Allah sanctifie son précieux secret) lui répondit : « Le commentaire du Moukhtassar et autres ont bien élargi leurs propos sur ce point, untel a dit ceci et untel a dit cela […]» et il se mit à évoquer chacun des propos mentionnés sur tous ces livres, mot à mot, par le biais du dévoilement si bien que notre personnage resta stupéfait.

Cette énumération de Seïdina Ahmed Tidjani (qu’Allah sanctifie son précieux secret) qui avait établi que le caractère réprouvé (Makrouh) était le plus répandu dans l’école, suscita un vif intérêt de la personne sur la raison qui le poussait à s’écarter volontairement de ce qui était pourtant connu. Seïdina (qu’Allah sanctifie son précieux secret) lui dit : « Ô untel, je contredis en cela l’école Malikite, ne t’en déplaise ».

Lors d’une autre occasion, Seïdina (qu’Allah sanctifie son précieux secret) clarifia ce point en lui disant : « Je n’abandonnerai pas la récitation de la Basmala accrochée à la Fatiha que ce soit dans la prière ou autre en raison du hadith qui rapporte son mérite intensifié par le serment (d’Allah) et dont voici l’énoncé :« Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a dit qu’Allah (qu’Il soit Exalté) a dit : « Ô Israfil ! Par ma Puissance, Par ma Majesté, Par ma Bonté et ma Générosité, celui qui récite BISMILLAH ARAHMAN ARAHIM rattaché à la Fatiha, une seule fois, Je témoigne sur Moi-même que Je lui pardonne et que Je lui accepte ses bonnes actions et que Je lui efface ses fautes, que Je ne brûlerai jamais sa langue dans le feu et que Je le préserverai contre les châtiments de la tombe et du Feu, le châtiment du Jour du Jugement et contre la grande frayeur […] » »

Ce qu’il faut savoir aussi c’est que la divergence des Imam au sujet de la basmala se départage en trois groupes :

- Quant à l’école malikite il y a quatre avis la concernant comme l’a indiqué l’imam Ibn ‘Arafa : « il y l’avis qu’elle est réprouvée (Makrouh), qu’elle est réclamée (woujoub), qu’elle est méritoire (Moustahab) et qu’elle est sans conséquence parmi ce qui est le plus connu. »

L’imam Khourachi a dit dans son commentaire du Moukhtassar : « elle est considérée comme réprouvée dans les prières obligatoires et permise dans les surérogatoires, elle est considérée aussi comme réclamée dans toutes les prières, elle est considérée encore comme méritoire dans toutes les prières, et enfin permise (Moubah) dans toutes. »

Or parmi ces quatre avis, le plus répandu dans l’école malikite est celui de son caractère réprouvé (Makrouh) dans les prières obligatoires et sa permission dans les surérogatoires, sans distinction entre les prières à voix haute ou à voix basse.

Parmi les preuves mentionnées sur son caractère réprouvé, il y a le Hadith authentique rapporté par Ahmed et Mouslim dans son Sahih selon Abou Hourayra (qu’Allah l’agrée) qui a dit : « J’ai entendu l’envoyé d’ALLAH -Qu’ALLAH lui accorde la grâce et la paix !- dire : ALLAH -qu’il soit glorifié et magnifié !- dit : « J’ai partagé la prière en deux moitiés entre Moi et Mon serviteur, et Mon serviteur obtiendra ce qu’il demande ». Quand le serviteur dit : « La louange est à ALLAH le Seigneur des mondes » ALLAH dit : « Mon serviteur m’a louangé » Quand le serviteur dit : « Le tout Miséricordieux, le très Miséricordieux » ALLAH dit : « Mon serviteur m’a loué » Quand le serviteur dit : « Roi du jugement » ALLAH dit : « Mon serviteur M’a glorifié »... »

C’est par le fait que la Basmala n’a pas été mentionnée dans ce hadith que s’est établi le caractère souhaitable de la délaisser dans les prières obligatoires, celle-ci étant alors considérée comme réprouvée (Makrouh), mais toutefois permise dans les surérogatoires.

Cependant, certains imams tels que Qarafi et al Aqfahassi récitaient la Basmala avec l’intention d’éviter les risques de divergences. En effet il y a unanimité dans l’école Malikite concernant le fait que la prière de celui qui récite la Basmala dans la Fatiha est valide, tandis qu’il y a unanimité pour le rite Chafi’ite que celui qui délaisse la récitation de la Basmala dans la Fatiha rend sa prière invalide. Aussi, il est préférable de rassembler les deux rites dans ce qui est considéré unanimement de part et d’autres comme validant la prière, plutôt que de choisir ce qui est valide pour l’un et invalide pour l’autre. En effet, il y a le consensus (Ijma’) sur le mérite de délaisser les causes de divergence.

Enfin, de célèbres jurisconsultes Malikite comme l’imam Mazari récitaient la Basmala à voix basse dans les prières obligatoires et le Qadi ‘Iyadh considérait quant à lui qu’il ne fallait jamais la délaisser, ni dans les prières obligatoires, ni surérogatoires. Et pourtant aucun prétendu savant n’a osé critiquer leurs positions, ni ne leur a reproché de contredire le rite malikite.

- Quant au rite Hanafite et Hanbalite il est Sunna pour eux de la réciter secrètement, mais jamais de manière audible que ce soit dans les prières à voix basse ou haute, que ce soit dans les prières obligatoires ou surérogatoires. C’est ce qui est établi de la part de l’imam ‘Ali ibn Abi taleb, de ‘Abdallah ibn Mess’oud, de ‘Ammar ibn Yassir, de Al Aouza’i et Soufyan Thaouri (qu’Allah les agrée tous).

Ces écoles appuient leurs avis sur plusieurs hadiths, dont celui-ci : Il est rapporté par Boukhari et autres selon Anas (qu’Allah l’agrée) qui a dit que le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), ainsi que Abou Bakr, ‘Omar et ‘Othman ibn ‘Affan commençaient la prière en récitant « El Hamdou lillêh rabbi-l-‘Alamin » et aussi celui rapporté par Mouslim toujours selon Anas qui a dit : « J’ai prié avec le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et Abou Bakr, ‘Omar et ‘Othman et je n’ai entendu aucun d’eux réciter « Bismillêh Arahman Arahim » ».

Les membres de cette école estiment que sa récitation à voix haute a été abrogée comme cela a été mentionné par Sa’id ibn Joubeïr.

- Quant au rite Chafi’ite ils sont d’avis que sa récitation est nécessaire de façon audible dans les prières à voix haute et inaudible dans les prières à voix basse. Ils s’appuient aussi sur de nombreux hadiths et parmi ceux-là le hadith authentique suivant : « Lorsque vous récitez "El Hamdou lillah" (Fatiha), récitez Bismillêh…Elle est la Mère du Qoran et la Mère du Livre et les 7 répétés et "Au Nom d’Allah" est un de ses versets » (Baïhaqi, Daraqotni selon Abou Houreyra (qu’Allah l’agrée)).

Pour comprendre le nœud de ces divergences d’avis, il faut savoir comme l’a indiqué Cheikh Nasafi dans son exégèse, que certains, tels les lecteurs de Médine, Basra… soutiennent que la Basmala n’est pas un verset de la Fatiha, ni d’une autre Sourate. On l’écrit pour servir de début de chapitre et pour tirer la bénédiction en commençant par elle. Alors que pour d’autres lecteurs, ceux de la Mecque, de Koufa, elle est bel et bien un verset de la Fatiha et de toute autre Sourate, excepté la Sourate Tawba.

L’imam Souyouti a dit dans son commentaire du Mouata : « Il existe de nombreux hadith qui viennent soutenir la récitation de la Basmala et d’autres qui soutiennent son absence, or ces deux situations sont valables. En effet le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) par moment la récitait et par moment il la délaissait, et parfois aussi il la récitait de manière audible alors que d’autre fois il la récitait secrètement. Ceci implique la validité de ces différentes situations. »

Il expliqua ensuite que les savants ont lié cette diversité au fait de la diversité des révélations du Qoran authentiquement recensé à sept dialectes. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a dit : « Certes ce Qoran m’a été révélé en sept dialectes, récitez ce que vous en pouvez. » (Boukhari, Mouslim, Ahmed, Abou Daoud, Tirmidhi, Nassa-i selon ‘Omar). Ainsi, sous certains dialectes la Basmala était mentionnée alors que sous d’autres elle était absente ; or étant donné l’authenticité de ces sept dialectes, les avis sur la récitation ou non de la Basmala sont toutes les deux valables et authentiques. C’est pour cette raison qu’il a été rapporté des hadiths où elle était récitée et d’autres où elle ne l’était pas, suivant le dialecte que le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) récitait dans sa prière.

Seïdina Ahmed Tidjani (qu'Allah sanctifie son précieux secret), quant à lui, priait en récitant la Basmala accrochée à "El Hamdou lillêh..." (C’est-à-dire sans les détacher) et recommandait cela à ses disciples en raison des mérites évoqués dans le hadith Qoudoussi suivant, dont l’authenticité fait l’unanimité auprès des Gens dotés du dévoilement.

Ce hadith ininterrompu qui mentionne le rattachement de la Basmala à la Fatiha a été rapporté par l’imam Ahmed ibn ‘Ouqaïla dans son livre Fawa-id Jalila fil Ahadith Mousalsila. De même, l’imam Sawi a mentionné dans sa marge de l’exégèse d’Al Jalalayne, sur le commentaire de la Sourate Fatiha :

« Il est rapporté sur son mérite de nombreux hadith, parmi eux celui relié par un serment sur Allah l’Immense selon Ibn ‘Arabi qui a dit : « Si tu récites la Fatiha alors relie « Bismilleh Arahman Arahim » à « Al Hamdou lilleh Rabbi-l-‘Alamin » en une seule fois sans les détacher l’une de l’autre. Et je dis par Allah l’Immense certainement il m’a été rapporté par Abou-l-Hassan ‘Ali Abou Fath Taieb à Médine en l’an 601 qui m’a dit :

« Par Allah l’Immense il m’a été dit par Abou Bakr Qachachy Chafi’i qui a dit : Par Allah l’Immense j’ai entendu de Abi Bakar de sa bouche et selon ses propos, et il s’agit de Abou Fadl ibn Mohammed le scribe de Harawi, qui a dit : Par Allah l’Immense il nous a été rapporté par Abou Bakr Chachy Chafi’i de ses propos qui a dit : Par Allah l’Immense il m’a été rapporté par ‘Abdallah connu sous le nom de Ibn Nasr Bahnasi qui a dit : Par Allah l’Immense il m’a été rapporté par Mohammed ibn Fadl qui a dit : Par Allah l’Immense il m’a été dit par Mohammed ibn Yahya al Warraq l’érudit qui a dit : Par Allah l’Immense il m’a été rapporté par Mohammed ibn Al Hassan el ‘Alawi le dévot qui a dit : Par Allah l’Immense il m’a été rapporté par Moussa ibn ‘Issa qui a dit : Par Allah l’Immense il m’a été rapporté par Abou Bakr Raj’i qui a dit : Par Allah l’Immense il m’a été rapporté par Anas ibn Malik qui a dit :

Par Allah l’Immense il m’a été dit par Mohammed l’élu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) qui a dit : Par Allah l’Immense Jibril m’a dit : Par Allah l’Immense Israfil m’a dit : Par Allah l’Immense Allah m’a dit : « Ô Israfil ! Par ma Puissance, Par ma Majesté, Par ma Bonté et ma Générosité, celui qui récite BISMILLAH ARAHMAN ARAHIM rattaché à la Fatiha, une seule fois, Je témoigne sur Moi-même que Je lui pardonne et que Je lui accepte ses bonnes actions et que Je lui efface ses fautes, que Je ne brûlerai jamais sa langue dans le feu et que Je le préserverai contre les châtiments de la tombe et du Feu, le châtiment du Jour du Jugement et contre la grande frayeur, et qu’il me rencontrera avant l’ensemble des prophètes et des Saints. » »

De ce fait, sachez qu'il n'y a aucune incidence concernant la validité de la prière pour un tidjani qui prie derrière un Imam ne prononçant pas à haute voix la Basmala dans la prière canonique. Le cas de la Basmala est une question de mérite et non de validité, et même si un tidjani ne la prononce pas cela ne modifie pas non plus son engagement au sein de la tariqa, mais il s’agit d’une négligence de mérite auquel il est préférable de prêter attention.

Zaouiya Tidjaniya El Koubra d’Europe